- Illustration : Le visuel d'ouverture de cet article est un portrait de Jean-Baptiste Jules Bernadotte, le personnage historique dont ilest question ci-dessous.
- Sources : Encyclopédie en ligne wikipédia.
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- Un Maréchal d'Empire à la Cour de Suède...
On sait peu aujourd'hui en France que l'actuel roi de Suède est d'origine française et qu'il descend en droite ligne d'un maréchal d'Empire français d'extraction modeste (fils d'avocat ayant embrassé la carrière militaire) mais monté sur le trône de Suède à l'époque impériale napoléonienne.
Il s'agit là de Jean-Baptiste Jules Bernadotte (1763-1844) né à Pau, en Béarn (France) : un homme qui connut un destin singulier, passant, en l'espace de vingt-huit ans, d'un modeste grade de sous-officier français (en 1790), au rôle prestigieux (en 1818) de roi de Suède et de Norvège (sous les noms respectifs de Charles XIV / III Jean (Karl XIV / III Johan) après avoir été tour à tour (sous le Consulat et le Premier Empire), ambassadeur, ministre, général puis maréchal d'Empire.
Engagé dans l'armée en 1780, sergent-major en 1789, il allait se distinguer pendant les guerres de la révolution française aux armées du Rhin et de Sambre-et-Meuse : bientôt proclamé (en 1794, sur le champ de bataille, par Jean-Baptiste Kléber), nommé peu de mois après général de division, contribuant puissamment aux victoires de Fleurus et de Juliers (1794)
Par la suite il particippe à la campagne d'Italie, aux côtés de Bonaparte, le seconde de tout son pouvoir : à la suite du traité de Campo-Formio, c'est lui qui portera au Directoire les drapeaux pris à l'ennemi ; de même, il sera envoyé à Vienne en qualité d'ambassadeur de France, de février à avril 1798.
Ministre de la guerre (du 3 juillet au 14 septembre 1799) il passe alors pour « l'épée » des néo-Jacobins en cas de coup d'État.
Après le coup d'état de brumaire, il se prononce contre le coup d'État de Napoléon Bonaparte et se retire alors à la campagne. Cependant choyé par Bonaparte, Bernadotte entre au conseil d'État et accepte le commandement de l'armée de l'Ouest, dans la Vendée (1800).
Nommé maréchal lors de la première création, il se rendra utile aux armées impériales en réalisant de nombreux glorieux faits d'armes : ainsi, en 1805, il fait la conquête de la Bavière, puissamment à la reddition d'Ulm ainsi qu'à la bataille d'Austerlitz (où il commande le centre de l'armée française qui résiste au choc désespéré des Russes).
En 1806, il créé prince de Pontecorvo. Mais, cette même année, lors de la campagne de Prusse où il commande le 1er corps, son attitude à la journée d’Iéna-Auerstaedt (journée durant laquelle il fait des allers-retours entre les deux champs de bataille proches sans participer à aucune...), est telle que l'Empereur signe l'ordre de le faire traduire devant un conseil de guerre : en effet, il avait manqué de faire perdre la bataille.
Par la suite, il bat ensuite les Prussiens devant Halle et à Lübeck (où il fait Blücher prisonnier), Lübeck où le carnage est horrible malgré les efforts des généraux pour l'arrêter.
D'ailleurs Bernadotte a, en cette occasion, les plus grands égards pour ce qui reste d'habitants à Lubeck et, surtout, pour les prisonniers suédois, ce qui lui portera chance...
Par la suite, il participera à la campagne de Pologne, campagne durant laquelle il sera grièvement blessé. Nommé, après sa guérison, gouverneur des villes hanséatiques et chargé d'opérer contre la Suède,
il suspend les hostilités dès qu'il apprend qu'une révolution a précipité du trône Gustave IV de Suède, seul à être vraiment hostile à la France (13 mars 1808). Cette conduite loyale lui conciliera l'estime et l'affection des Suédois, mais elle paraît avoir excité le mécontentement de Napoléon Ier, dont elle contrariait alors les projets.
Après la paix de Tilsitt, il commande l'armée d'occupation de l'Allemagne septentrionale et, à la rupture entre la France et l'Autriche, il commande le corps Saxon, et contribue puissamment avec eux à la victoire de Wagram.
Napoléon l'ayant cependant à nouveau mis à l'écart (Bernadotte, pour lui, ne brille guère sur les champs de bataille : à ses yeux, il est resté trop inactif à Austerlitz, Auerstaedt, arrive après la bataille à Eylau, etc.), Fouché lui obtiendra (à la fin de juillet 1809) l'armée de l'Escaut chargée de repousser les Britanniques débarqués à Walcheren (juillet 1809). Malgré ce nouveau succès, il se verra encore une fois privé de son commandement : l'Empereur lui enlevant l'armée de l'Escaut dès septembre.
Il est en disgrâce complète lorsqu'un trône lui est offert : celui de Suède, adopté par le roi Charles XIII (n'ayant pas d'enfant), et élu comme prince héréditaire les états généraux d'Örebro. A une seule conditiion : abjurer la religion catholique pour adopter la réformée (et
Eugène de Beauharnais s'y étant finalement refusé une même proposition...).
Napoléon ayant accepté ce choix (espérant tenir ainsi un allié solide au nord de l'Europe...) Bernadotte va accepter cette proposition suédoise : il abjure le 20 octobre, débarque à Helsingborg et, le 31 suivant, est présenté aux États; le 5 novembre, adopté par le roi Charles XIII, il prend les noms de Charles-Henri et devient alors prince royal de Suède. Officiellement adopté par le roi, dès 1811, il commence - pendant la maladie de son père adoptif - à diriger les affaires du royaume de Suède.
Tout d'abord, il consentira à seconder la politique de l'Empereur et acceptera même d'adhérer au blocus continental. En 1812, il tint un moment en ses mains les destinées du monde : avant que Napoléon ait atteint Moscou, il pouvait reprendre la Finlande et marcher sur Saint-Pétersbourg. Mais, au commencement de 1812 - les troupes françaises ayant envahi le territoire suédois - il rompt alors avec Napoléon.
Loin de se révéler l'allié escompté par l'Empereur, le nouveau prince héritier de Suède préférera alors jouer avant tout la carte de son royaume. Voyant l'Empire ébranlé, il favorise, en 1813, l'entrée de la Suède dans la coalition contre la France, se révélant un général de talent.
En juillet 1813, il se joint à la coalition contre la France, non sans avoir tenté tous les moyens d'éclairer Napoléon sur les dangers de sa situation. Nommé généralissime de l'armée du Nord, il débarque à Stralsund avec 30 000 Suédois, vainc Oudinot (23 août 1813) et Ney (6 septembre 1813) et prend une part décisive à la bataille de Leipzig (1813). Puis il descend l'Elbe, s'empare de Lubeck et se dirige vers le Holstein : où il force le roi de Danemark à signer, le 14 janvier 1814, la paix de Kiel (en vertu de laquelle la Norvège est cédée à la Suède).
Il s'avance ensuite lentement vers la France à la tête de son armée et gagne assez de temps pour que la nouvelle de la paix de Paris le dispense de passer le Rhin. Il proteste hautement contre l'invasion du territoire français, et accuse les alliés de manquer à la foi promise ; il tente même, mais inutilement, de déterminer Napoléon Ier à la paix, et de détourner les alliés de passer le Rhin.
Un moment il caressera l'espoir de remplacer Napoléon sur le trône impérial, perspective à laquelle le tsar Alexandre Ier n'aurait pas été hostile (dans le cadre d'une sorte d'« échange » qui aurait vu l'un de ses neveux accéder au trône de Suède). Cette combinaison, si elle est avérée, n'eut pas de suite. Le Congrès de Vienne, ayant préféré entériner la Restauration des Bourbons en France et retirant la couronne de Norvège au royaume de Danemark pour l'offrir aux souverains suédois.
À peine de retour en Suède - où il est reçu avec enthousiasme - il marche sur la Norvège, dont la possession lui avait été assurée par les alliés, et s'en rend maître en 15 jours (1814). Une fois obtenu la Norvège, en 1815, il refusera formellement d'entrer dans la seconde coalition mise en place contre Napoléon
Le 5 février 1818, l'ex-maréchal Bernadotte devient roi de l'Union des royaumes de Suède et de Norvège sous le nom de Karl XIV Johan en Suède et de Karl III Johan en Norvège. Désormais Bernadotte ne s'occupe plus que de faire prospérer ses États ; il cimente l'union (forcée) des Suédois et des Norvégiens, tout en laissant à chacun des deux peuples, dans une certaine mesure, sa constitution propre, développe l'instruction publique, l'agriculture, l'industrie et le commerce et réunit, par le canal de Gothie, l'Océan et la Baltique (1822).
II prend alors pour devise : « L'amour de mon peuple est ma récompense » (Folkets kärlek min belöning en suédois), une prétention plutôt vaine aux yeux de ses contemporains scandinaves, même si les Suédois et les Norvégiens connaissant mal l'histoire du XVIIIe siècle et de la douloureuse union suédo-norvégienne (dissoute en 1905) en ont gardé un souvenir plutôt agréable. Pour autant, il a contraint l'administration des deux royaumes et la Cour à utiliser le français, puisque lui-même a toujours refusé d'apprendre le suédois et, a fortiori, les langues norvégiennes.
Si l'opinion de l'aristocratie suédoise à son égard est positive dans l'ensemble(puisqu'ayant trouvé en lui le chef de guerre qui lui faisait défaut après la faillite de Gustaf IV Adolf dans sa guerre contre la Russie leur ayant valut la perte de la Finlande...), il n'en va pas de même pour les patriotes norvégiens, qui ne voient en lui que mal, arbitraire et folie politique, insouciant des besoins quotidiens et des aspirations des Norvégiens à se libérer du joug de la couronne suédoise depuis 1814, annexant une Norvège sortant là à peine d'un condominium danois en vigueur depuis 1660...
Ronan Blaise
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Pour en savoir plus :
Le Maréchal Bernadotte, sur wikipédia :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Bernadotte
Bon général, au fond, mais médiocre stratège comme vous le soulignez. les circonstances de la vie ont eu raison de ses sincères convictions républicaines, d'abord par son ralliement acheté par napoléon eu prix du maréchalat, puis par son virage monarchique (Suède). Certes allié des ennemis de Napoléon depuis 1813, il s'efforce de retenir quelque peu, et même beaucoup ses amis trop entreprenants...
Ce que l'on sait moins, c'est qu'il épousa la désirable en 1698 Désirée Clary, l'ancienne fiancée de Napoléon, et celui-ci lui en fut ... reconnaissant, car s'il lui préféra Joséphine (pour de multiples raisons, notamment politiques...) il l'aimait bien quand même, et sans doute Bernadotte devra-il plus son titre de Maréchal à cette union qu'à ses prouesses militaires. Le ménage marchait bien, le couple était uni, jusqu'au jour où Bernadotte lui annonça leur prochain départ pour Stockholm, pour y devenir Prince Royal de Suède, ce qui lui promettait la couronne.Elle plia, mais ne résida que rarement dans le pays, sous toutes sortes de prétextes, y compris pour ne pas assister aux fêtes du couronnement, le 5 février 1818. Ce n'est qu'en 1823 que son mari la mit en demeure de rester près de lui, se qu'elle, et continua de faire lorsque leur fils Oscar succéda à son père en 1844...