- Illustration : Le visuel d'ouverture de cet article est la couverture d'l'ouvrage dont il est question ci-dessous.
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- « Le complot contre l'Amérique » (Philip Roth) :
« C'est la peur qui préside à ces Mémoires, une peur perpétuelle. Certes, il n'y a pas d'enfance sans terreurs, mais tout de même : aurais-je été aussi craintif si nous n'avions pas eu Lindbergh pour président, ou si je n'étais pas né dans une famille juive ? »
Ce roman est effectivement le récit d'un complot contre l'Amérique. Mais s'agit-il ici de quelque hypothétique ''complot juif'' pour tenter de faire entrer malgré elle l'Amérique anglosaxonne, puritaine et bienpensante, miraculeusement préservée du président Lindbergh dans la guerre européenne qui - nous sommes alors au début des années 1940 - fait rage ? Ou de quelque complot noué entre un parti ''républicain'' dévoyé, le ''Bund'' germanophile pro-nazi et le ''KKK'' pour transformer une démocratie américaine moribonde et isolationniste en sucursalle américaine du fascisme triomphant ?
Ou s'agit-il encore de l'alliance opportuniste des puissants de ce monde pour - décidément - empêcher de vivre tranquillement l'humble foyer des Roth, humble famille juive modeste de Newark (New Jersey), banlieue dortoir de New York, la ville du maire ''juif'' la Guardia et de l'ancien président démocrate F.D. Roosevelt.
Tout commence en juin 1940, à Philadelphie : quand Charles A. Lindbergh, le célèbre aviateur héroïque adulé des Américains, est - plutôt que les sénateurs Taft, Wendell Willkie ou Thomas Dewey - choisi par le parti républicain comme son candidat aux élections présidentielles de novembre suivant face au président et candidat démocrate sortant, Franklin D. Roosevelt.
Et la nouvelle fait l’effet d’une bombe dans la communauté juive américaine (soit alors près de quatre millions et demi de citoyens américains). Car le brillant aventurier est aussi un admirateur de l’Allemagne nazie et un antisémite notoire. C'est pourquoi, tout comme les autres familles juives de Newark, les parents du petit Philip Roth (le narrateur, âgé de sept ans) sont atterrés.
Car, déjouant tous les pronostics, plutôt que de réélire Franklin D. Roosevelt à la Maison-Blanche, la population américaine élit effectivement Lindbergh aux élections présidentielles de novembre 1940. Celui-ci, exploitant à fond le pacifisme américain, impose son slogan « Lindbergh ou la guerre ! » et devient, en novembre 1940, président des États-Unis.
Dès son arrivée à la Maison-Blanche, il s’empresse de signer un pacte de non-agression avec Hitler, puis avec le Japon. Le gouvernement des Etats-Unis adopte alors une neutralité bienveillante vis-à-vis du IIIe Reich. Et, dans une apparente continuité démocratique, glisse lentement mais sûrement vers une spoliation progressive des libertés individuelles.
Les Juifs ne tardant pas, alors, à être considéré comme des indésirables au même titre que les Noirs, puis pire encore… Mais, entre certains membres de la communauté juive qui soutiennent la paix à tout prix prônée par Lindbergh et ceux qui osent entrer en dissidence, voire s'enrôler dans ces armées canadiennes qui partent combattre en Europe, le fossé va s’élargir jusqu’à la rupture…
Et ainsi, comme en témoigne ce récit autobiographique, sera cruellement divisé le foyer du jeune Philip Roth : entre le père courageux et volontaire, Herman (adepte de la résistance passive et à tout prix, amateur des émissions de radio du polémiste Walter Winchell...), le cousin Alvin (parti s'enroler dans les commandos canadiens et qui reviendra de la guerre infirme...), ma mère Bess, apeurée (qui envisage d'organiser quelque nouvel exil familial au Canada...), le grand frère Sandy (qui ira jusqu'à participer aux chantiers de jeunesse agricoles du nouveau régime, dans le ''deep south'' Kentucky...) et la tante Evelyn, en quête d'ascension sociale à tout prix (qui bientôt, dans son insondable quête de respectabilité, épousera M. Bengelsdorf : un rabbin de Newark - ''collaborateur'' - rallié au nouveau régime et ultime caution morale de l'administration Linbergh dans la communautée juive).
Avec ce roman uchronique de politique-fiction où il procède par une accumulation de détails précis, d’autant plus convaincants qu’ils s’appuient sur des documents authentiques (comme l’hallucinant discours antisémite, réellement prononcé par Lindbergh, en 1941), Philip Roth dessine le portrait aussi juste que dérangeant d’une Amérique frileuse, préoccupée avant tout de sa sécurité, certes éprise de grands idéaux, de paix et de justice, mais prête à piétiner ses principes si elle le croit nécessaire.
Une Amérique d’hier et aussi d’aujourd’hui, qui est peut-être - à en croire l’auteur - la véritable Amérique. A cet égard, l'uchronie n'est pas sans rappeler une certaine Amérique d'aujourd'hui actuellement administrée par la frange la plus réactionnaire du parti Républicain...
Ronan Blaise ___________________________________________________________________________
- Quatrième de couverture :
« Lorsque le célèbre aviateur Charles Lindbergh battit le président Roosevelt aux élections présidentielles de 1940, la peur s'empara des Juifs américains. Non seulement Lindbergh avait, dans son discours radiophonique à la nation, reproché aux Juifs de pousser l'Amérique à entreprendre une guerre inutile avec l'Allemagne nazie, mais, en devenant trente-troisième président des Etats-Unis, il s'empressa de signer un pacte de non-agression avec Hitler. Alors la terreur pénétra dans les foyers juifs, notamment dans celui de la famille Roth.
Ce contexte sert de décor au ''Complot contre l'Amérique'', un roman où Philip Roth, qui avait sept ans à l'époque, raconte ce que vécut et ressentit sa famille - et des millions de familles semblables dans tout le pays - lors des lourdes années où s'exerça la présidence de lindbergh, quand les citoyensaméricains qui étaient aussi des juifs avaient de bonnes raisons de craindre le pire. Ce faisant, il nous offre un nouveau chef d'oeuvre. »
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Références : « Le complot contre l'Amérique », un roman de Philip Roth publié aux éditions Gallimard en 2004 (480 pages).
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Pour en savoir plus :
Le roman de Philip Roth, sur wikipédia :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Le_complot_contre_l%27Am%C3%A9rique
Le Comité « America First », sur wikipédia :
http://fr.wikipedia.org/wiki/America_First
Charles Lindbergh, sur wikipédia :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Charles_Lindbergh
Le Klu Klux Klan, sur wikipédia :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Ku_Klux_Klan