- Illustration : Le visuel d'ouverture de cet article est une monnaie du roi gréco-bactrien Ménandre Ier. Légende: ΒΑΣΙΛΕΩΣ ΣΩΤΗΡΟΣ ΜΕΝΑΝΔΡΟΥ (BASILEOS SOTHROS MENANDROY) i. e : "Ménandre, Roi sauveur".
- Sources : Encyclopédie en ligne wikipédia.
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- Les Grecs aux Indes :
On se souvient dans quelles circonstances le grand conquérant grec
Alexandre de Macédoine conduisit, en -326, ses armées jusque dans le bassin de l'Indus et jusqu'aux terres de l'actuel Pendjab (Etat de l'Union indienne). On se rappelle que la révolte de ses soldats lui imposa un arrêt de sa marche en avant vers l'Orient sur les rives du fleuve Hyphase (actuel Sutlej, affluent de l'Indus), près du site de l'actuelle ville d'Amritsar.
Et on se remémore que c'est cette fameuse mutinerie qui allait donc mettre fin à ses projets d'entrée dans la vallée du Gange et de marche contre les puissants Etats indiens des Nanda et du Magadha (actuel Bihar, avec Pataliputra, la moderne Patna, pour capitale) : vers l'Orient et vers ce qu'il percevait alors comme étant l'Océan extérieur (ce que nous reconnaissons actuellement comme étant le golfe du Bengale). Mais Alexandre n'est pas le seul grec à avoir alors ainsi découvert les Indes.
-1- Ainsi on sait que les Indes étaient déjà connues par les Grecs grâce aux textes des historiens
Hécatée et
Hérodote ainsi que du lettré
Ctésias de Cnide (médecin à la cour d'Artaxerxès II) ou encore du navigateur grec
Scylax de Caryanda (membre de la cour du grand roi Darius Ier). Ainsi, avant l'irruption gréco-macédonienne, la vallée de l'Indus est théoriquement sous le contrôle de l'empire achéménide depuis cette époque de Darius 1er même si, en réalité, la frontière du pouvoir perse se limite aux Monts Paraponisades (i. e : Hindu Kouch).
Quant à la vallée du Gange et au plateau du Dekkan ils sont alors inconnus de grecs comme des perses même si des relations existent alors entre l'Empire perse et les puissants Etats indiens indépendants qui s'y trouvent (comme le prouvent les nombreux éléphants de guerre régulièrement intégrés aux armées des souverains perses achéménides).
Toujours est-il que c'est à la demande du roi Taxile (roitelet de la vallée septentrionale de l'Indus), lui demandant d'intervenir contre son ennemi Pôros (qui gouverne un royaume à l'est de l'Hydaspe - aujourd'hui le Jhelum - et menaçant le Panjâb) qu'Alexandre, alors guerroyant en Sogdiane, décida d'intervenir aux Indes (-327/325).
-2- On sait que l'irruption des armées macédonienne d'Alexandre le grand dans le monde indien fut un grand choc pour les principautés de la vallée du Gange. Lesquelles commencèrent à chercher à s'unifier politiquement afin de représenter une nouvelle force face à toute éventuelle nouvelle agression extérieure.
Principal exemple de cette ''cristallisation'' étatique : l'épopée du roi
Chandragupta (vers 340-290 avant JC), souverain qui - à partir du territoire du royaume du Magadha (capitale :
Pataliputra, actuelle Patna) - fonda la
dynastie des Maurya et se construisit un vaste empire en Inde du nord, vaste empire allant de l'Indus et des contreforts himalayens de l'Hindu Kouch jusqu'au golfe du Bengale : vaste empire comprenant les actuels Bengale, Bihar, Mâlvâ, Orissa, Mysore, Assam, Baloutchistan, Afghanistan et Hindu Kouch.
Ainsi, Chandragupta avait repoussé les troupes grecques restées au Panjâb après le retrait d'Alexandre, avant d'y arrêter (en 310-305) les ambitions territoriales de
Séleucos Nikator (héritier d'Alexandre le grand pour ses possessions asiatiques), repoussant même sa frontière occidentale plus à l'ouest encore : la positionnant dans ce qui est aujourd'hui l'Afghanistan.
Les deux souverains arriveront d'ailleurs à un arrangement (vers -303) dans lequel Seleucos échangera avec Chandragupta des territoires contre 500 des éléphants de guerre. D'ailleurs, une alliance allait formellement être scellée entre ces deux souverains par un mariage entre l'empereur maurya et une fille de Séleucos. Celui-ci allant même envoyer un ambassadeur à Pâtaliputra : le fameux Megasthénès dont il est question ci-dessous et qui - résidant un temps à la cour des Maurya - nous a fourni, au travers de son « Indika », texte arrivé incomplet jusqu'à nous, un tableau de la vie dans les Indes de l'époque.
En tout cas, à la suite de la conclusion de cette alliance, la renommée de Chandragupta se répandit en Occident où son empire sera désormais reconnu comme une puissance importante. Si bien que les rois Ptolémée d'Egypte et Séleucides de Syrie envoyèrent régulièrement des ambassadeurs à sa cour.
-3- Néanmoins, on se trouve là dans une position paradoxale : en effet il semble effectivement complètement acquis que l'expédition et la conquête alexandrine au Pendjab et dans le Sind accéléra la cristallisation étatique indienne dans l'est-gangétique (au Bihar et au Magadha).
Néanmoins il semble également que la littérature indienne et sanskrite de l'époque ne fasse pratiquement pas mention de cette intrusion ''occidentale'' dans les Indes : ne parlant, sauf très courtes allusions, ni d'Alexandre, ni de Démétrios, ni de Ménandre, ni d'aucun autre roi gréco-bactrien régnant - entre-180 et -30 - sur le Pendjab (où l'on trouve pourtant nombre de leurs pièces de monnaie, par centaines).
Lesquels souverains gréco-bactriens (puis indo-scythes ultérieurs) restèrent donc avant toute chose concentrés sur leurs territoires de l'Afghanistan oriental (i. e : l'ancien Kâpica - bassin de la rivière de Kaboul - et l'ancien Gandhara) et du Pendjab actuels.
En effet, les dominations gréco-bactriane (vers 300-100 avant notre ère) puis indo-scythe et philo-hellénique (vers 20-240 de notre ère) semblent alors s'être très étroitement limité au bassin de l'Indus comme en témoigne l'ère de diffusion de la sculpture gréco-bouddhique, confinée à l'ancien Gandhara (région de Peshawar), ainsi qu'à quelques districts du Pendjab occidental (région de Taxila) ou de l'Afghanistan oriental (comme le Kâpica, au nord de Kaboul).
Alors que - dans le bassin gangétique - nous nous appercevons que s'y ait développé (autour de Mathoura) - une école de sculpture indienne (indigène) absolument remarquable qui semble alors avoir délibérément choisi d'ignorer les canons artistiques de l'aire culture gréco-bouddhiste pour développer une esthétique purement locale, typiquement indienne.
Où il s'avère donc qu'apparaît le caractère presque extérieur du opendjab et du Sind par rapport à l'indianité alors en formation. Caractère qui s'accentura encore par la suite avec le remplacement au Pendjab des souverains gréco-bactriens par - à partir des années 30/130 de notre ère - des rois indo-scythes.
-4- Ainsi, on connaît les travaux et relations de voyage de l'historien ionien
Mégasthènes (340-282 avant JC), envoyé en ambassade à
Pataliputra (l'actuelle Patna, dans le Bihar), auprès du roi Chandragupta Maurya par Seleukos Nikator et qui resta une dizaine d'années en Inde.
Une relation de séjour relatée dans un ouvrage de quatre volumes nommé « Indika », qui a été perdu mais que l'on connaît par des passages auxquels font référence d'autres auteurs de l'Antiquité gréco-latine comme les historiens
Arrien ou
Diodore.
Ouvrage qui était, durant l'Antiquité, une source importante de connaissances concernant le monde indien. Ouvrage dans lequel Mégasthénès fait - par exemple - mention de la chaîne himalayenne, du Tibet et de Sri Lanka et décrit également les pratiques religieuses et le système des castes.
-5- Ainsi, il y eut également - au second siècle avant notre ère - le fameux roi
Ménandre 1er (en sanskrit Milinda) : le plus remarquable de ces rois indo-grecs qui succédèrent (en Afghanistan, au Pakistan et en Inde du nord) à la dynastie gréco-bactrienne : conquérant, philosophe, mécène artistique.
Régnant de -165 à -135, on sait que ce souverain grec et aventurier des temps hellénistiques conduisit ses armées beaucoup plus à l'Est que ne l'avait fait Alexandre - conduisant d'épiques chevauchées à travers la vallée du Gange et l'Aoudh, jusqu'au royaume du Magadha (i. e : notre sud-Bihar) et qu'il établit sa capitale à
Sagala (actuelle
Sialkot, au Pendjab oriental, actuel Pakistan)
De même, on imagine qu'il se convertit très probablement au bouddhisme. En effet, l'ouvrage dénommé « Milindapañha » (récit de ses entretiens avec le moine bouddhiste Nagasena), est un des livres canoniques du bouddhisme. Et c'est ainsi qu'on retrouve le conquérant Ménandre dans la personnalité du roi ascète Milinda qui, au détour d'une conversation philosophique et érudite avec un moine bouddhiste, se laisse convaincre de l'inexistance et du caractère illusoire de la personnalité (et de l'intérêt d'adopter la doctrine bouddhiste).
Pareillement, on sait que ce roi Ménandre, roi grec des Indes, donna une toute première impulsion à l'art gréco-bouddhique, lequel connut son apogée sous la dynastie kouchane qui succéda par la suite aux rois indo-grecs.
-6- Dans cette Inde post-alexandrine se détache alors l'Etat hindou du
Magadha (dont le noyau territorial correspond à l'actuel Etat hindou du Bihar) : pays de transition entre Gange moyen et Bengale, entre royaume du blé et royaume du riz, Etat heureusement situé pour exercer sur les Indes une forme d'hégémonie sur le bassin du Gange, voire de l'Indus et - ainsi - l'ensemble de l'Inde du nord.
Et c'est ainsi que les souverains du Magadha de la
dynastie des Maurya dominèrent l'Inde presque entière à partir de leur capitale de
Pâtaliputra (actuelle Patna), célébrée par les géographes alexandrins comme une des métropoles de l'Orient antique.
Des souverains et empereurs maurya qui - comme l'a vu précédemment - furent alors en rapports suivis avec les souverains hellénistiques. Le premier (
Sandracottos comme l'appelaient les Grecs) (320-290) força les séleucides à lui reconnapitre la possession du Pendjab et du bassin du Caboul. Le second - son successeur
Bindousara (295-275) - fut lui aussi en rapport d'ambassades avec la Cour d'Antioche. Et le troisième,
Açoka (275-235) - converti au Bouddhisme - envoya vers l'Occident des missionnaires bouddhistes dans l'espoir de convertir le monde grec et hellénistiques au bouddhisme.
Une prédominance de l'Etat du Magadha que l'on retrouvera par la suite - mais après notre ère - avec l'avénement de la dynastie indienne des
souverains Gupta (320-470) qui, autour de leur capitale (toujours
Patna...) régnèrent sur un vaste empire panindien qui atteint son apogée vers +400 : englobant alors le bassin du Gange (Magadha, Bihar, etc), une bonne partie du centre de l'Inde (Malwa, Goudjerat, etc) ainsi qu'une bonne partie des côtes orientales du Dekkan (Orissa, Circars, Coromandel, etc).
Face à ces souverains véritablement indiens de l'Inde proprement dite (Maurya puis Gupta), on trouvait l'Inde ''extérieure'' des souverains gréco-bactriens (300-30 avant JC) puis indo-scythes (20-240 de notre ère) gouvernant l'Est de l'Afghanistan (anciens Kâpica - bassin de la vallée de la rivière de Kaboul - et Gandhara) et le Pendjab actuels.
Ronan Blaise
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- Sources : in « La face de l'Asie », un ouvrage de René Grousset et de George Deniker, ouvrage publié en 1955 disponible en format de poche - sous le n°8 - dans la collection « Petite bibliothèque Payot » (450 pages : ici, pages 146 et 148-149-150).
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Pour en savoir plus :
Alexandre le grand aux Indes, sur wikipédia :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Alexandre_le_Grand#L.27Inde_et_la_fin_du_p.C3.A9riple
Le royaume indien du Magadha, sur wikipédia :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Magadha
La ville de Pataliputra (actuelle Patna) sur wikipédia :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Patna
Le roi Chandragupta, sur wikipédia :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Chandragupta_Maurya
L'historien Mégasthénès, sur wikipédia :
http://fr.wikipedia.org/wiki/M%C3%A9gasth%C3%A8nes
Le roi gréco-indien Ménandre 1er, sur wikipédia :
http://fr.wikipedia.org/wiki/M%C3%A9nandre_Ier