- Illustration : Le visuel d'ouverture de cet article est la représentation de l'un de ces maharajahs des Indes dont il est question ci-dessous.
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- Maharadjahs, Radjahs, Nizams, Nababs, etc :
Quand les britanniques régnaient encore en maître sur les Indes (sur plus de 400 millions d’habitants au moment de l’indépendance, en août 1947), il y avait en fait deux Indes :
D’une part l’Inde des provinces et des territoires directement administrés depuis New Delhi par les Anglais (soit 310 millions d’habitants, répartis sur les 2/3 du territoire) et, d’autre part, l’Inde des Principautés autonomes, en tout 565 Etats princiers semi-indépendants (soit 100 millions d’habitants, : un quart de la population totale, répartie sur environ 1/3 du territoire de l’Empire des Indes).
Il s’agissait là de principautés dont les souverains héréditaires (et souvent absolus) s’étaient montrés loyaux envers les britanniques sur les champs de bataille (on se souvient - par exemple – de la loyauté de l’Hyderabad durant les guerres marathes ou contre les établissements français - à la charnière des XVIIe et XVIIIe siècles - ou de la vaillance des Maharadjahs rajpouts de Bikaner, de Jodhpur et de Jaïpour, Rajasthan lors des campagnes de la Somme, de Palestine et d’Italie – notamment à Monte cassino – lors des deux guerres mondiales), honoraient régulièrement ou avaient recherché l’alliance britannique ou avaient formellement fait acte d’allégeance à la couronne britannique.
En échange de quoi, dans le cadre du ’’Raj’’, cet « Empire des Indes » ’’britanniquement’’ restauré (structure politique s’occupant désormais des questions de diplomatie, de politique extérieure et de défense), ces etats princiers des Indes gardaient là une indépendance formelle en tant qu’alliés soumis et vassaux loyaux de leur suzerain et ’’roi-empereur’’ de Londres et Delhi.
Les principaux Etats princiers ’’autonomes’’ des Indes, disposant de populations aussi nombreuses et de territoires aussi vastes en étendues que bien des Etats d’Europe (et bénéficiant de 21 coups de canons cérémonieux et honorifiques lors des réunions pan-indiennes de Delhi : chiffres pouvant augmenter ou baisser selon les disgrâces et/ou services exceptionnels rendus à la couronne britannique) étaient alors : les sultanat d’Hyderabad et de Mysore (dans le Dekkan), le Gwalior (prince marathe - sindhia - du Malva) et le Baroda (prince marathe - gaekwar - du Gujerat) ainsi que l’Etat du Cachemire (Etat né du démembrement - par les anglais, dans les années 1845-1846 - du royaume sikh de Ranjit Singh...).
Certains d’entre ces Etats représentant de véritables puissances démographiques (plus de 20 millions d’habitants rien que pour l’Hyderabad) ou militaires (avec aviation, artillerie moderne voire chars d’assaut...).
Certains de ces Etats étaient gouvernés par des princes musulmans (nababs et nizams, anciens gouverneurs de l'époque et de l'empire des grands moghols), sikhs ou hindouïstes (rajahs et maharadjahs, rois et grands rois hindous indépendants) ; Nb : l’Hyderabad, état de population hindouïste, était alors gouverné par un prince musulman alors que le Cachemire, Etat de peuplement musulman était gouverné par un prince hindouïste...
Les souverains héréditaires (et parfois absolus) de ces nombreux Etats princiers des Indes, aujourd’hui reconvertis - au service de l’Inde - dans les affaires, dans les forces armées et la diplomatie (comme les actuels princes de Kapurthala, Pendjab et de Jaïpur, Rajasthan) comme dans la politique indienne (comme les princes de Jaïpur et de Bikaner, Rajasthan, de Gwalior, Malwa et du Cachemire : militants et responsables politiques, élus, députés ou ministres...) allaient nous laisser le souvenir de princes orientaux des mille et une nuits, excentriques et richissimes, admirateurs fous de la Cour de Louis XIV, princes aux harems de centaines de concubines, chasseurs émérites de centaines de tigres et de panthères.
Tous propriétaire de palais luxueux et somptueux, d’haras immenses et d’énormes troupeaux d’éléphants de parade, collectionneurs de voitures de luxe, de trains privés et de diamants de taille et de valeur inestimables (la plus grosse topaze du monde, propriété du maharadjah sikh de Kapurthala, Pendjab ; les colliers de rubis et d’émeraudes du maharadjah de Jaïpur, Rajasthan le collier de perles - alors assuré pour un demi-milliard d’anciens francs de l’époque- du maharadjah sikh de Patiala, Pendjab ; la collection de diamants, de rubis et d’émeraudes du maharadjah de Baroda, Gujerat).
Ils formaient là une aristocratie hors du commun qui fit dire à Rudyard Kipling que ’’ces hommes avaient été créé par la providence afin de pourvoir le monde en décors pittoresques, en histoires de tigres et en spectacles grandioses’’ : excentricités, prodigalités, exotisme et rêve d’une époque féérique alors sur sa fin. Comptant parmi les hommes les plus riches du monde, chacun des 565 membres de cette vaste confrérie princière possédait en moyenne 11 titres, 6 femmes, 12 enfants, 10 éléphants, 3 wagons de chemin de fer privé, 3 Rolls-royce et un palmarès de 23 tigres abattus.
Mémorables et légendaires prince de Bharatpur (avec sa collection de tapis faits en perles d’ivoire et sa Rollsce-royce - réputée d’influence ’’aphrodisiaque’’ - en argent massif...), prince de Mysore (dont le trône en or massif pesait plus d’une tonne, qui célébrait chaque année avec ostentation le ’’roi’’ de son troupeau d’un millier d’éléphants et dont les boissons aphrodisiaques personnelles étaient faites à base de diamants pilés...), prince de Bénarès (qui se faisait réveiller chaque matin par les meuglements d’une vache sacrée hissée, pour l’occasion, jusqu’à la chambre du royal dormeur...), prince marathe de Junagadh ou rajah de Dhenkanal (qui invitaient toute l’Inde princière aux mariages - en grande pompe - de leurs chiens ou éléphants domestiques respectifs, lesquels vivaient en écuries dorées ou en appartements avec électricité et téléphone...), prince d’Alwar (dont la voiture « Lancaster » plaquée or - en intérieur comme en extérieur - était alors une réplique exacte du carrosse de couronnement des rois d’Angleterre...), prince sikh de Kapurthala, Pendjab (qui s’était fait construire la réplique d’un petit Versailles aux pieds de l’Himalaya...), excentrique prince marathe de Gwalior, Malwa (chasseur-tueur d’environ 1400 tigres, prince dont un train miniature faisait le service à table... ou qui fit vérifier la solidité des toits de son palais en y faisant promener l’un de ses éléphants...), heureux prince sikh de Patiala, Pendjab (goinfre au vingt kilos de nourriture par repas, qui mangeait deux à trois poulets entiers à son quatre heure, propriétaire d’environ cinq cent chevaux et aux près de 350 épouses et concubines...).
Pingre prince d’Hyderabad, propriétaire du légendaire diamant ’’Koh-i-noor’’ des anciens souverains moghols, vivant dans la plus extrême dénuement apparent (s’habillant en pyjama et sandales...) avec ses cent quarante épouses et concubines peuplant son harem (et autant d’enfants...) et sa collection de plusieurs centaines de voitures de luxe, à proximité d’une douzaine de camions enfoncés dans le sol jusqu’aux essieux puisque bourrés de lingots d’or et de malles dont le contenu représentait - en petites coupures dévorées par les rats - près de cinq milliards d’anciens francs de l’époque en roupies, dollars et livres sterling...
Certains d’entre eux brillant également par leur humanité, leur modernisme et leur implication dans les oeuvres humanitaires, charitables, éducatives et sociales : les maharadjahs de Bhopal et de Baroda ayant beaucoup oeuvrés pour les femmes et pour la condition des intouchables (les loger, les vêtir, les instruire...), le maharadjah de Bikaner, Rajasthan ayant beaucoup fait pour l’irrigation du Rajasthan, celui de Mysore et de Jaïpour, Rajasthan y ayant respectivement ouverts un observatoire d’astronomie et une université scientifique de renom (et beaucoup fait pour le développement de industries locales), celui de Kapurthala, Pendjab ayant également beaucoup fait pour le développement des infrastructures (hopitaux, voies ferrées, écoles) de sa principauté, etc... si bien que les conditions de vie dans les Etats princiers étaient très souvent beaucoup plus favorables aux populations locales que ce n’était alors le cas dans les territoires de l’Inde des provinces, territoires directement placés sous la ’’gouvernance’’ coloniale britannique.
Au départ (i. e : au moment de l’indépendance des Indes et du départ des britanniques), il était question pour chacun de ces princes et pour chacune de ces principautés, qu’ils/elles puissent librement choisir entre l’Inde, le Pakistan et leur propre indépendance.
En leur forçant la main et en programmant le rattachement forcé de leur territoires à la république indienne, le PM Nehru et le gouvernement de New Delhi allaient donc ainsi faire en sorte qu’il en soi bien autrement en organisant le retour dans le ’’giron’’ indien de toutes ces ’’principautés’’ selon eux en déshérence.
En effet, en 1947, en voyant partir les souverains britanniques (et la fin de l’accord personnel qui liaient leurs principautés à la Couronne britannique...) certains de ces princes de Indes (en tout cas au Cachemire et en Hyderabad...) aspiraient véritablement à l’indépendance et à une souveraineté internationale. Prélude d’une éventuelle future fatale ’’balkanisation’’ de l’espace péninsulaire indien.
Projets politiques contre lesquels le gouvernement de l’Union indienne - inquiet de la perspective de dissolution politique, de démembrement territorial (et de l’ ’’énergie négative’’ que toutes ces forces centrifuges ainsi libérées allaient pouvoir diffuser dans toutes les Indes...) - allait même devoir employer la force armée (notamment contre les velléités d’indépendance de l’Hyderabad : lors d’une semaine de combats pour soumettre la principauté rebelle, en septembre 1948).
A la suite de quoi, en 1974 - après bien des procédures judiciaires intentés à l’égard de l’Union indienne (ou mises en route par le fisc fédéral...) et après bien des arbitrages de la Cour suprême fédérale - les maharadjahs des Indes perdirent finalement les derniers privilèges qui, en échange du rattachement pacifique de leurs Etats à l’Union indienne, leur avaient pourtant été reconnus et accordés en 1947-1948...
Ronan Blaise
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Références : « Cette nuit la liberté », un ouvrage de Dominique Lapierre et Larry Collins publié, en 1975, aux éditions Robert Laffont ; document également disponible en format de poche au numéro 4941 (735 pages ; ici : pages 208-234 et 707-709).
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Pour en savoir plus :
Radjahs et Rajputs, sur wikipédia :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Radjah
Nabab, sur wikipédia :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Nabab
Les Etats princiers des Indes, sur wikipédia :
http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89tats_princiers_des_Indes
- par ordre alphabétique :
http://fr.wikipedia.org/wiki/%C389tats_princiers_des_Indes_par_ordre_alphab%C3%A9tique
- par religion :
http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89tats_princiers_des_Indes_par_religion
- par nombre de coups de canon (i. e : préséance) :
http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89tats_princiers_des_Indes_par_nombre_de_coups_de_canon