- Illustration : Le visuel d'ouverture de cet article est un portrait (par Joseph-Désiré Court) du général Allard, personnage historique et aventutier français aux Indes (XIXe siècle) dont il est question ci-dessous.
- Sources : Encyclopédie en ligne wikipédia.
___________________________________________________________________________
- Des aventuriers français aux Indes :
Comme l'on a vu précédemment, à l'époque napoléonienne de nombreux aventuriers français se sont rendus aux Indes pour y chercher fortune ; certains d'entre eux s'enrôlant sous les ordres de princes hindous. Parmi eux : le général Allard (chez les Sikhs), le comte de Boigne (chez les Marathes) et un certain Claude Martin (soldat de la Compagnie des Indes orientale), ou encore Antoine-Louis Pollier (idem) : aventuriers français des Indes dont nous allons parler ci-dessous.
___________________________________________________________________________
(1) Le
général Jean-François Allard (1785-1839), ancien combattant (et capitaine des Hussards dans la Vieille Garde impériale) pendant les guerres de l'Empire (vétéran des campagnes d'Italie, d'Espagne, et de France) puis des Cent-Jours (et aide de camp du Maréchal Brune en 1815-1816, il quitta la France après Waterloo. Contraint à l’exil politique, l'officier partit pour la Perse puis poussa alors jusqu’à Kaboul puis le
Pendjab, Etat du Maharadjah Raja Ranjit Singh (1780-1839) avait qui il prit contact.
Après s'être assuré qu’il ne s’agissait pas d’un émissaire britannique, Ranjit Singh confia (nous sommes en 1822...) à J.F Allard (et à son compagnon de route
Jean-Baptiste Ventura), le soin de former et de commander, sous son autorité immédiate, un corps de troupes d’élite sur le modèle français. Allard créa ainsi une première brigade spéciale (Fauj-i-Khas), brigade dénommée « française » par les populations du Panjâb comme par les services de renseignement britannique (French Legion).
En 1827, Allard et Ventura firent venir à Lahore deux anciens frères d’armes - Claude-Auguste Court et Paolo Avitabile - qui formèrent à leur tour chacun leur propre brigade. Au point que, vers 1830, environ 10 000 hommes (soit le tiers des forces régulières de Lahore...), se trouvaient directement placés sous commandement français. L’efficacité de ces brigades étaient d’ailleurs telle qu’en 1835 le reste des troupes régulières du Panjâb fut réorganisé selon ce système français.
Le quartier général de ces brigades était à Lahore, où le Maharaja les avait réparties tout autour de la ville, mais les responsabilités de leurs commandements entraînèrent ces officiers français dans toutes les provinces du Panjâb : de Peshawar et Multan à la frontière anglaise, et jusque dans l’Himalaya. Ces fonctions militaires étaient d’ailleurs doublées d’obligations administratives et fiscales. Ces officiers portèrent un vif intérêt non seulement aux arts du Panjâb, mais encore à son histoire et à ses antiquités : entreprenant les fouilles archéologiques du site bouddhique de Manikyala ; collectionnant pièces de monnaie et recherchant les traces des campagnes qu’Alexandre le Grand avait menées dans ces régions.
Ayant épousé une princesse hindoue, pour donner à ses enfants une éducation française et chrétienne, le général Allard obtint de Ranjit Singh un long congé, en 1834. Son arrivée à Bordeaux, en 1835, prit bientôt l’allure d’un retour triomphal. Toute la presse en parla et, lors de son séjour à Paris, les salons s’arrachèrent alors le général. Le gouvernement français décida alors d’officialiser cette présence française dans le Panjâb en nommant Jean-François Allard « Agent de France » à Lahore et en facilitant son retour (en 1836) à Calcutta sur un bâtiment de la marine nationale. Lors de sa réception officielle à la cour de Lahore, Allard remit une lettre du roi Louis-Philippe adressée au Maharaja Ranjit Singh.
C’est à Peshawar que la mort surprit le général Allard, en 1839. Sa tombe est située à Lahore, dans le jardin de sa résidence d'Anarkali, où son corps fut inhumé. Il y repose encore, aux côtés de sa fille aînée - Marie-Charlotte - et, probablement, de l’un de ses fils.
___________________________________________________________________________
(2) Le
Comte de la Boigne (1751-1830) est, lui, célèbre pour avoir servi sous les ordres du maharadjah marathe
Madhava Rao Sindhia -
chef de l'Empire marathe - dont il organisa (sur le modèle européen) et commanda l'armée.
Au départ,
Benoît Leborgne était le fils d'un marchand de pelleteries savoyard de Chambéry. Après avoir fait ses armes d'aventurier et de soldat en Flandre, à l'île Bourbon, en Russie et en Turquie (déjà tout un programme...), il se rendit à Madras en 1784. Là, il se place sous les ordres du prince marathe Madhava Rao Sindhia.
Sous ses ordres, il remportera pour lui plusieurs batailles comme celle d'Âgrâ (en 1788) qui ramène alors les marathes sur le devant de la scène et fait de Madhava Râo Sindhia le maître de l'Hindoustan ; et celles de Patan et de Merta contre les moghols (en 1790), à la suite desquelles il est fait commandant-en-chef des armées marathes ; et celle de Lakhairi (en 1793) où il défait les Holkars.
Grâce aux nombreuses victoire,s les Marathes redevienne t la puissance dominante du sous-continent indien. À la mort de Madhava Rao Sindhia (en 1794), de Boigne aurait même pu s'emparer du pouvoir et devenir le maître de l'Hindoustan s'il l'avait voulu. Mais il reste loyal à Daulat Râo Sindhia, le successeur légitime. Durant ce séjour aux Indes (pendant lequel il avait même fait restaurer le Taj Mahal...), il amassera une immense fortune et deviendra l'ami de Claude Martin, un compatriote au service des Britanniques.
En 1795, sa santé se dégrade, alors il abandonne son commandement aux Indes, installe à sa place son homme de confiance Perron et rentre en Europe l'année suivante, avec une princesse indienne qu'il a épousée en 1788 (et qui lui a donné deux enfants...).
Son désir semble être alors, après avoir mené une vie aventureuse, de fonder une famille et de s'établir en Europe. C'est pourquoi, après avoir installé son ménage dans les environs de Londres, il va épouser, le 11 juin 1798, une Française émigrée, issue d'une très noble, antique et fort désargentée famille française originaire de Normandie : un mariage avantageux dont il espère que les relations mondaines de sa femme l'aideront.
Benoît de Boigne finit par rentrer en Savoie en 1802 où, se faisant appeler le « général de Boigne » (il faut noter qu'au XVIIIème siècle l'orthographe est approximative et le L majuscule peut facilement se transformer en d minuscule) et habitant seul le château de Buisson-rond (qu'il avait fait luxueusement aménager pour son épouse, laissant sa femme vivre sa vie parisienne...) il devint président du conseil général de Savoie (alors départmeent du Mont-Blanc).
Grâce aux relations de son épouse, il avait reçu des Bourbons un brevet de "Marechal de camp" (daté du 20 octobre 1814) et la « Croix de Saint-Louis » (le 6 décembre 1814) et Louis XVIII lui octroya même (le 27 février 1815) la « Légion d'Honneur » pour ses services rendus en tant que président du Conseil Général du Département du Mont-Blanc. Ainsi, on honorait le mari de Mlle d'Osmont et les Tuileries le "désaventuialiaient" (si l'on peut dire...) pour faire plaisir à la Comtesse.
Cependant, très attaché aux doctrines royalistes, de Boigne fut un ardent partisan du gouvernement sarde. Ce pourquoi le roi Victor-Emmanuel, roi de Sardaigne et Duc de Savoie lui décerna (en 1816) le titre de Comte ; Charles-Felix le faisant par la suite « Grand'Croix des Saints Maurice et Lazare »...
Précédemment nommé par Napoléon Ier « Président du Conseil général du département du Mont-Blanc » et, par la suite, nommé Comte par le roi de Sardaigne, il consacra la fin de sa vie à des œuvres de bienfaisance au profit de Chambéry, sa ville natale. C'est pourquoi, à sa mort, la ville, reconnaissante, lui éleva un monument : une fontaine en forme de tronc de palmier entourée par quatre éléphants indiens représentés de face, dite « fontaine des quatre sans cul ». La fortune qu'il laisse à son décès (en 1830) est alors évaluée à 20 millions de francs de l'époque...
___________________________________________________________________________
(3) Quant à
Claude Martin (1735-1800), ce fut un aventurier français, soldat de la Compagnie française des Indes orientales, puis de la «
Compagnie anglaise des Indes orientales ».
Né dans une famille d'artisans lyonnais, Claude Martin commenca son apprentissage de tisserand ; mais, désireux de faire fortune, il s'enrôla, en 1751, dans la « Compagnie française des Indes orientales » et s'embarque - le 9 décembre 1751 - à Lorient, à destination de Pondichéry (où il arrive le 20 juillet de l'année suivante...).
Servant dans la compagnie à Pondichéry et Porto Novo, il se retrouve en 1758 sous les ordres de Lally-Tollendal en 1758. Cependant, jugeant que la France n'a alors plus guère d'avenir en Inde (et toujours à la recherche de la fortune...), il déserte (en 1760) et propose ses services à Eyre Coote, le commandant des forces britanniques.
À partir de cette année, il restera quasiment toujours au service de la Compagnie anglaise des Indes orientale, gravissant les échelons de la hiérarchie militaire : enseigne en 1763, lieutenant en 1764, capitaine en 1766, major en 1779, colonel honoraire en 1793, pour finalement terminer major général en 1795. Cependant sa nationalité - puisqu'il n'obtiendra jamais la nationalité anglaise, malgré ses demandes - lui interdit de toucher les mêmes émoluments que les Britanniques de même grade.
En 1765, il sera nommé percepteur en Awadh et est cantonné à Lucknow, région où il passera l'essentiel du reste de sa vie. Renvoyé de l'armée de la « Compagnie anglaise des Indes orientales » en 1767, il restera en Inde comme géomètre pour faire des relevés cartographiques dans le nord de l'Inde. Réengagé en 1769, il continue son travail de géomètre au service de la « Compagnie anglaise des Indes orientales » dans le nord-est de l'Inde. En 1776, il sera nommé directeur de l'arsenal de Lucknow.
Il reprendra du service actif en 1791 et accompagne alors Lord Cornwallis comme aide de camp lors de la Troisième guerre du Mysore puis retourne à Lucknow après la chute de Seringapatam. C'est pendant cette campagne, informé des évènements qui se déroulent en France, qu'il prend la décision de ne pas rentrer en Europe et de terminer sa vie en Inde, contrairement à ses amis Antoine-Louis Polier (qui sera assassiné à Avignon par des brigands, en 1795) et Benoît de Boigne (qui se réfugie en Angleterre pendant la Révolution française). En 1794, il se porte volontaire pour conduire la cavalerie du Nabab de l'Awadh contre les Rohillas révoltés, ce qui lui vaut sa dernière promotion de Major Général.
Suite à sa décision de ne pas rentrer en Europe, il utilisera une partie de la fortune colossale (peut-être la plus importante amassé par un Européen en Inde...) pour se faire bâtir un palais qui, bien que largement achevé en 1795, ne sera pas complètement terminé à son décès.
D'ailleurs, en 1800, sentant alors sa santé se dégrader et la mort venir, il présentera un testament prévoyant l'utilisation de sa fortune après son décès, en particulier la création de cinq écoles (dîtes écoles « La Martinière ») : deux à Lucknow (dans les murs mêmes de son palais) et deux à Calcutta (une pour les garçons et une pour les filles...), et enfin une dans sa ville natale de Lyon, écoles qui existent toujours.
L'école « La Martinière » de Lyon sera très novatrice du point de vue pédagogique : inventant, par exemple, l'utilisation de l'ardoise, toujours utilisée de nos jours (technique portant d'ailleurs le nom de méthode ou procédé « La Martinière »).
___________________________________________________________________________
(4) Contrairement aux trois précédants,
Antoine-Louis Polier (1741-1795) n'était pas français mais suisse, descendant d'une famille de Protestants français ayant émigré en Suisse (à Lausanne) au milieu du XVIe siècle pour fuir les Guerres de religion. En l'occurrence, il était ingénieur et orientaliste.
À 15 ans, il s'embarqua pour les Indes pour rejoindre un oncle riche qui mourut avant son arrivée. Sans le sou, Polier s'engagea alors dans l'armée britannique. Il restera en Inde jusqu'en 1789 : occupant divers postes importants à la «
Compagnie anglaise des Indes orientales » puis auprès du nabab Souja-oul-Doula. Il y connu des hauts et des bas : tantôt comblé de faveurs, tantôt subissant la disgrâce, commandant même un temps une armée de 7 000 hommes pour l'Empereur mogol Chah-Aalum, puis retournant dans l'armée britannique après avoir perdu des batailles.
En 1789 Antoine-Louis Polier rentra en Europe : en rapportant des Indes une riche collection de manuscrits orientaux (dont une copie complète des Vedas - en 11 volumes - qu'il offrit au British Museum). De retour en Suisse, il se maria et se fixa à Lausanne. Les troubles qui agitèrent alors le canton de Vaud le déterminèrent à s'installer en France, non loin d'Avignon. Habitué au luxe colonial asiatique, il excita - par le faste de sa manière de vivre - la cupidité d'une troupe de brigands qui sévissait dans le Vaucluse. ce qui lui valu d'être assassiné, le 9 février 1795, à coups de sabre et de crosses de fusil.
Ronan Blaise
___________________________________________________________________________
Pour en savoir plus :
Ranjit Singh, souverain sikh, sur wikipédia :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Ranjit_Singh
Le général Allard, sur wikipédia :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Jean-Fran%C3%A7ois_Allard_%28g%C3%A9n%C3%A9ral%29
Le Comte de Boigne, sur wikipédia :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Beno%C3%AEt_de_Boigne
Le maharadjah (marathe) Madhava Râo Sindhia, sur wikipédia :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Madhava_R%C3%A2o_Sindhia
Claude Martin, aventurier français aux Indes, sur wikipédia :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Claude_Martin
Antoine-Louis Pollier, aventurier suisse aux Indes, sur wikipédia :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Antoine-Louis_Polier
La Compagnie anglaise des Indes orientales, sur wikipédia :
http://fr.wikipedia.org/wiki/CAIO